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Pendant la guerre

MB 175
MB 175 - Collection Dassault Aviation

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'Allemagne. L'effort industriel aéronautique devient prioritaire, les avions sont enfin commandés en grande quantité mais trop tard. Pendant la " drôle de guerre ", Marcel Bloch accélère les fabrications et améliore les performances de ses prototypes. Mais le 15 février 1940, après un différend avec le ministère de l'Air, il quitte la SNCASO.
Après l'Armistice de juin 1940, le Reich victorieux n'épargne pas l'aéronautique française. Les matériels, les stocks, les établissements industriels doivent être livrés intacts à l'Allemagne. L'aéronautique française est presque totalement dissoute et les fabrications sont arrêtées.

Victime d'une violente campagne de dénigrement, Marcel Bloch est arrêté par le gouvernement de Vichy le 5 octobre 1940, étant considéré comme " individu dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ". Malgré son internement, il se tient informé de l'évolution aéronautique. Dans sa prison, il constate tout l'intérêt que les Allemands accordent à ses appareils, particulièrement le bimoteur MB 175 dont ils veulent faire construire 200 exemplaires par la SNCASO ainsi que le quadrimoteur de transport civil MB 161, le plus gros avion commercial français de l'époque, pour équiper la Lufthansa. L'occupant cherche à obtenir sa collaboration, il refuse systématiquement prenant argument de sa mauvaise santé. Afin de soustraire un maximum de moyens industriels aux Allemands, il délègue tous ses pouvoirs, par lettre, le 20 décembre 1940, à Henri Carol (directeur de l'usine de Saint-Cloud) qui doit assurer les fonctions de directeur général de la Société en zone occupée.

Les collaborateurs de Marcel Bloch, en son absence, prennent des mesures conservatoires pour sauvegarder les intérêts de la Société anonyme des Avions Marcel Bloch. Une assemblée générale extraordinaire est réunie le 31 décembre 1940 afin de désigner un nouveau responsable. Conformément aux statuts, un conseil d'administration est désigné. Marcel Bloch est nommé président, Auguste Le Révérend et Georges Hennequin sont administrateurs. L'assemblée générale extraordinaire décide également de transférer le siège social de Saint-Cloud à Thiers.

Le bureau d'études Bloch est installé à Cannes

Les Allemands réquisitionnent le potentiel de l'usine de Saint-Cloud à leur profit et placent les fabrications sous le contrôle de la société Junkers. Afin de sauvegarder l'usine, les collaborateurs de Marcel Bloch, en accord avec lui, créent, en avril 1941, la Société anonyme de constructions aéronautiques et mécaniques (SACAM) qui exploite à bail l'usine de Saint-Cloud à partir du 1er mai 1941.
A Talence, où Bordeau-Aéronautique est tenu de travailler pour l'occupant, André Curvale (chef pilote) et Paul Déplante (directeur technique) essaient de conserver intact le potentiel humain et matériel.

En mars 1941, le Service technique aéronautique décide de regrouper les différents bureaux d'études des sociétés nationales et de les intégrer au sein de la SNCASO à Cannes, alors en zone d'occupation italienne, où les ingénieurs de Marcel Bloch peuvent travailler sur des projets d'avions. Le 16 août 1941, les autorités d'occupation nomment un administrateur provisoire des entreprises Marcel Bloch pour la zone occupée tandis que le Commissariat aux Questions Juives en nomme un pour la zone libre. Auguste Le Révérend et Henri Carol essaient alors de préserver un maximum de biens en achetant en 1942, en accord avec Marcel Bloch, un ancien atelier de carrosserie à Boulogne où sont réalisées des pales d'hélices.


Droits réservés - Collection Dassault Aviation

 
Certains ingénieurs rejoignent les Forces françaises libres.

A Cannes, le Groupe technique est de plus en plus inquiet de l'évolution de la situation. Henri Déplante obtient de rendre visite à son ancien patron qui, toujours optimiste, garde l'espoir d'un monde meilleur. Il lui recommande de réunir un maximum d'ingénieurs aéronautiques et de les diriger vers la Grande-Bretagne ou les États-Unis pour constituer le noyau de la reconstruction de l'aéronautique française d'après-guerre.
Mais, l'avenir s'assombrit. Après l'invasion de la zone libre, en novembre 1942, Henri Déplante et Bention Grebelsky décident de quitter la France par l'Espagne. Après de nombreuses difficultés, ils rejoignent la Grande-Bretagne et s'engagent dans une unité combattante de parachutistes du Special Air Service (SAS). En octobre 1943, Xavier d'Iribarne rejoint Alger puis la 1ère Division blindée.

En 1944, Marcel Bloch est déporté à Buchenwald comme otage politique. Au cours de sa détention, les Allemands lui demandent, en échange de sa liberté, de travailler pour eux comme directeur d'une usine Focke-Wulf dans le Hanovre. Une fois encore, malgré sa santé fragile, il refuse et manque d'être pendu. Pendant cette période, il se tient informé de l'évolution aéronautique et fait parvenir des messages à sa famille et à ses collaborateurs. Il parvient à faire passer une lettre destinée à l'Association des anciens élèves de Sup'Aéro dont il est le président : " Mes chers camarades, si l'heure est difficile, ne désespérez pas de l'avenir. " " Après cette guerre où les bateaux, le matériel roulant, les avions commerciaux auront été anéantis, l'aviation commerciale connaîtra un essor inouï car elle remplacera la plupart des moyens de transport. " " Nul doute que le gouvernement de l'État français, dans une Europe reconstruite, saura conserver à notre pays, la part de production aéronautique qui revient à notre technique et à notre position géographique dans le monde".
Le 11 avril 1945, le camp de Buchenwald est libéré, Marcel Bloch et ses camarades de déportation survivants sont libres.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les moyens idustriels aéronautiques français sont considérablement réduits, le parc de machines-outils a vieilli ou est détruit, les équipes des bureaux d'études sont dispersées, seuls les personnels des usines sont en surnombre. Les sociétés nationales subsistent tandis que le secteur privé essaie de renaître.

Anecdote

Le 17 juillet 1940, aux termes de la convention d'armistice, une commission allemande, dirigée par Kurt Tank, directeur technique de Focke-Wulf, se présente à Mérignac. Au cours de son séjour d'évaluation, elle teste le MB 175 dont elle remarque les qualités. Henri Déplante est surpris: "C'est la première fois qu'on s'est fait féliciter ! Les Allemands ont su apprécier l'effort considérable que notre personnel a fourni !"