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Interview d’Éric Trappier, Président-directeur général de Dassault Aviation.

Comment communiquer pendant la Covid-19 ?

En effet, nous sommes en pleine crise mondiale de la Covid-19. Nous ne voulions pas cependant renoncer à faire le point sur nos activités, d’autant plus que 2019 a été un exercice bien rempli.

La crise sanitaire a eu des conséquences considérables sur la santé publique et un impact inattendu sur les systèmes de soins. Mes pensées vont aux malades et aux personnels médicaux qui les ont pris en charge avec un dévouement admirable ; nous avons essayé de les aider avec nos moyens : transport de soignants en Falcon, fabrication de visières, livraison de repas…

Une crise économique de très grande ampleur est devant nous. Dès le mois d’avril, sur proposition du conseil d’administration, nous avons suspendu nos objectifs 2020 et, en accord avec nos actionnaires, nous n’avons pas versé de dividende au titre de 2019 ; j’en remercie vivement la famille Dassault qui, une fois de plus, est au rendez-vous de l’Histoire. Nous avons aussi, au sein du Gifas, participé aux négociations qui ont conduit au plan de soutien à l’industrie aéronautique lancé par le gouvernement début juin.

Comment avez-vous fonctionné pendant la crise sanitaire?

Nous avons maintenu les missions essentielles : soutenir nos clients, notamment les forces françaises en opérations ; poursuivre les développements prioritaires ; livrer des avions ; entretenir un socle de compétences, d’outillages et d’installations, chez nous et dans la supply chain. Cette continuité réduite a été mise en œuvre en concertation avec les représentants des salariés et après déploiement des mesures sanitaires nécessaires. Début juin, nous avons amorcé la phase de retour à la normale.

Quels ont été les faits majeurs pour vos activités militaires en 2019 et début 2020 ?

L’événement le plus marquant a été la notification, en février 2020, par les gouvernements français et allemand, du contrat qui permet de lancer le démonstrateur d’avion de combat de nouvelle génération (NGF) dans le cadre du Système de combat aérien futur (SCAF). S’agissant du Rafale, en 2019, nous avons livré à l’exportation 26 avions et les services associés, entamé le développement du standard F4 et signé le contrat de soutien Ravel pour la France. Autres événements positifs : la livraison des premiers ATL2 modernisés, la commande par la France des deux premiers Falcon 8X Archange de renseignement stratégique, la livraison de quatre Falcon 2000 MSA destinés à la Japan Coast Guard et l’étude de définition des Falcon 2000 Albatros pour la Marine nationale.

Et pour vos activités civiles ?

Nous avons livré 40 Falcon l’an dernier et en avons vendu exactement autant. Ces chiffres traduisent le caractère extrêmement concurrentiel du marché. Ils montrent également à quel point l’absence du Falcon 5X dans notre gamme est regrettable. Ce biréacteur à très large cabine devait entrer en service en 2017, mais nous avons dû mettre fin au programme à cause des difficultés rencontrées avec le moteur Safran Silvercrest. Le 5X est remplacé par le Falcon 6X, équipé de moteurs Pratt & Whitney, qui sera livrable à partir de 2022.

Par ailleurs, nous avons procédé à l’acquisition de réseaux de stations-service auprès de Ruag, ExecuJet et TAG Europe afin de renforcer encore nos activités de support après-vente. Dans ce domaine clé pour la satisfaction du client, nous avons été classés à la première place par les enquêtes AIN et Propilot.

Quelles sont vos priorités désormais ?

La crise sanitaire n’est pas encore finie et la crise économique n’en est qu’à ses débuts… Il faut suivre l’évolution du marché de l’aviation d’affaires dans les mois qui viennent. Cependant, nous avons d’ores et déjà décidé de maintenir l’autofinancement dédié à l’élargissement de la gamme Falcon, avec priorité au 6X. Nous travaillons aussi sur un futur Falcon. En parallèle, dans le cadre du plan de soutien et en synergie avec nos partenaires industriels, nous amplifions les travaux que nous conduisions déjà sur l’aviation verte au sein du Conseil pour la recherche aéronautique civile (Corac) : carburants alternatifs durables, utilisation de moteurs à haut taux de dilution, avion plus électrique, propulsion à l’hydrogène.

Dans le domaine militaire, les enjeux sont également cruciaux. La défense est un amortisseur de crise pour les entreprises qui, comme Dassault Aviation, sont fortement duales. Concernant le Rafale, nous devons obtenir une tranche complémentaire au-delà de 2024, avancer sur le standard F4, poursuivre nos prospections à l’exportation et assurer les livraisons à l’Inde et au Qatar. Pour les Falcon de missions, nous devons exécuter le contrat Archange et obtenir le lancement du programme Albatros. Enfin, dans le cadre du SCAF, pour le NGF, il nous faut sécuriser de nouvelles tranches contractuelles afin de piloter le développement en coopération du démonstrateur, avec 2026 comme date objectif de premier vol.

Pour mener à bien tous ces projets dans la période inédite que nous traversons, le plus important, c’est l’état d’esprit : le nôtre est celui que résume si bien la devise de l’armée de l’Air française : « Faire face ». J’y ajoute les impératifs de réactivité, de flexibilité et de ténacité, trois qualités que Dassault Aviation a toujours cultivées et qui nous ont permis, depuis un siècle, de surmonter les crises.