Stratégie

Éric Trappier, Président-directeur général de Dassault Aviation

Interview d’Éric Trappier, Président-directeur général de Dassault Aviation.

Mars 2022

Comment a évolué votre environnement depuis un an ?

Au moment où cette interview est réalisée, l’événement majeur est évidemment le conflit en Ukraine. Cette guerre est un drame humain en même temps qu’une tragédie historique qui nous remet en face de l’essentiel : « La Défense, c’est la première raison d’être de l’État », disait le général de Gaulle. Certains Européens l’avaient oublié. Pour sa part, Dassault Aviation est, depuis toujours, au service des armées françaises. Nous appliquons scrupuleusement les sanctions décidées par la communauté internationale, et nous procédons à la diversification de nos approvisionnements, notamment en ce qui concerne les matériaux stratégiques.

Les inquiétudes et incertitudes générées par le retour de la guerre en Europe relèguent la crise sanitaire au second rang. Au demeurant, si la pandémie de la covid 19 a persisté en 2021, elle a été mieux combattue, avec notamment la généralisation de la vaccination. La dépression brutale de 2020 a donc pu faire place à une reprise économique mondiale massive mais pas uniforme : certains secteurs restent affaiblis, les prix des matières premières et de l’énergie se sont envolés, des pénuries de main-d’œuvre et de composants électroniques sont apparues. En Europe et aux États-Unis, l’inflation est remontée à un niveau inédit depuis des décennies, ce qui a induit des tensions sociales et une hausse des taux d’intérêt. Pour l’aéronautique française, les dispositifs de soutien mis en place par le gouvernement et l’industrie ont été efficaces. Les grands donneurs d’ordres ont tenu le choc, avec une supply chain qui reste opérationnelle mais qui doit se consolider.

Qu’en a-t-il été pour Dassault Aviation ?

Nous avons enregistré de très grands succès. Nous avons signé des contrats Rafale avec la Grèce, la France, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Indonésie : 177 appareils au total, dont 49 pour l’exercice 2021 et 128 pour l’exercice 2022 (après entrée en vigueur des contrats). Une telle série est sans précédent. La commande des Émirats, 80 avions à elle seule, est la plus importante de notre histoire. Pour ce qui est de la production, les 25 Rafale programmés ont été livrés.

Cette réussite dans la défense s’accompagne d’une franche reprise des avions d’affaires, avec 51 Falcon vendus en 2021, contre 15 en 2020. L’amélioration se voit aussi en fabrication puisque 30 appareils ont pu être livrés, contre une planification initiale de 25, grâce au redémarrage des marchés américain puis européen.

Dans le domaine du support, nous avons fortifié nos positions, tant dans le civil avec à nouveau un excellent classement AIN pour la satisfaction client, que dans le militaire où nous avons conclu le contrat de soutien verticalisé des Mirage 2000 français.

En matière de développement, beaucoup a été fait, comme en témoignent le premier vol du Falcon 6X et le lancement du Falcon 10X. Les chantiers Rafale F4 et Falcon de missions ont avancé. Les capacités du Rafale vont encore progresser. S’agissant du New Generation Fighter en coopération franco-germano-espagnole, nous sommes l’architecte – maître d’œuvre désigné par les trois pays. Une organisation de programme claire, avec un leadership effectif, est indispensable pour tenir les performances, les délais et les coûts.

Enfin, notre plan de transformation Piloter notre avenir s’est poursuivi en 2021, en s’appuyant sur les leviers numériques et la maîtrise des données : nouveau socle méthodologique, nouvelles plateformes collaboratives, infrastructures et moyens modernisés. Nous avons, par ailleurs, mis en place une équipe indépendante dédiée à la Safety, pour l’amélioration continue de la sécurité aérienne.

Tout cela a pu se faire grâce à la résilience, l’agilité et la réactivité de l’entreprise, dans le tertiaire comme dans les métiers de la production, avec comme priorité la santé des collaborateurs et de leur famille.

Comment se projeter dans le futur ?

La dualité civil-défense, qui assure notre équilibre depuis plus de cinquante ans, et notre transformation, qui continue pour améliorer encore notre compétitivité, nous permettent de regarder le futur avec confiance.

Les contrats Rafale export nous donnent une visibilité au-delà de 2030, ce qui est remarquable. En parallèle, nous avons également 82 Rafale à produire pour la France : 40 déjà commandés et 42 qui doivent l’être à partir de 2023 (5e tranche).

Dans l’aviation d’affaires, la reprise du marché se conjugue avec le renouvellement de notre gamme (6X et 10X) pour laisser augurer une augmentation durable de nos ventes. Les très bonnes performances du support Falcon contribueront à cette dynamique. J’attache la plus grande importance aux efforts que nous déployons tous les jours, au sein de notre vaste réseau mondial, pour soutenir les 2 100 Falcon en activité. Nous faisons de même pour le millier d’avions militaires Dassault opérationnels, avec des méthodes et des outils qui sont de plus en plus communs aux univers civil et défense.
Enfin, nous travaillons sur des développements ambitieux qui assurent le maintien de nos compétences et de notre leadership, tout en réduisant notre empreinte environnementale.

En conclusion, pour Dassault Aviation, aujourd’hui comme hier, se projeter dans l’avenir, c’est vouloir être toujours au service de nos clients civils et militaires, de la cause d’une aviation sûre et durable, de la souveraineté de la France et de l’autonomie stratégique de l’Europe.

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