Interview d’Éric Trappier, Président-directeur général de Dassault Aviation.

Juin 2021

Comment avez-vous traversé la crise de la covid 19 ?

Nos premières pensées vont à nos collègues touchés par la maladie et à leurs familles. Nous avons fait et nous faisons encore tout ce qui est possible pour les accompagner au mieux. Nous sommes très reconnaissants aux personnels médicaux, en première ligne depuis plus d’un a n avec un dévouement admirable. À notre niveau, nous avons fait en sorte de les aider, notamment en mettant à disposition nos Falcon.

Cette crise est devenue économique. Les pouvoirs publics ont su prendre les mesures nécessaires. Avec le Gifas, tout a été mis en œuvre pour éviter un effondrement de l’industrie aéronautique, touchée de plein fouet par la quasi-suspension du transport aérien : chômage partiel, plan de soutien, prêts garantis, fonds dédiés.

Chez Dassault Aviation, la mobilisation de tous a été exemplaire. Nous avons mis au point un protocole sanitaire complet, élargi le télétravail et soutenu nos fournisseurs. Nous avons fait tout cela rapidement, dans la transparence et dans la concertation avec les représentants du personnel. La confiance, la réactivité et l’efficacité l’ont emporté. L’activité a pu redémarrer et revenir progressivement au rythme d’avant la pandémie. Nous avons également maintenu nos investissements dans tous les domaines.

Mais la situation reste évidemment fragile. Au plan sanitaire, notre protocole a fait ses preuves. Au plan économique, notre modèle dual, à la fois civil et militaire, montre toute sa pertinence : avoir deux activités qui se fertilisent mutuellement aux niveaux technique et industriel, mais qui reposent sur des marchés aux cycles très différents, est l’un de nos points forts.

Dans cette crise hors du commun, quel cap avez-vous suivi ?

J’ai fixé trois priorités dès le début de la crise. Tout d’abord, le soutien à nos clients civils et militaires, qui devait à tout prix rester opérationnel. Ensuite, les livraisons d’avions neufs : elles ont été conformes à notre objectif de prévision pour 2020 ; je n’en attends pas moins pour 2021, avec notamment 25 Rafale à livrer. Enfin, les grands programmes en développement : nous avons déployé tous les efforts pour limiter les retards dans les calendriers Falcon 6X, Rafale F4, Archange et Falcon 10X, et nous faisons le maximum pour les rattraper. Concernant le New Generation Fighter, notre volonté de mettre en place une collaboration efficiente est entière, dans l’intérêt du projet, de notre entreprise et de nos clients.

À ces priorités fonctionnelles s’ajoutent des enjeux en termes de ventes. Le Rafale a acquis une réputation exceptionnelle et plusieurs pays sont en train de se positionner. De nouveaux succès ont été enregistrés et d’autres sont à notre portée. Un contrat a été signé en janvier dernier avec les forces aériennes grecques, abondé par une commande de la France ; la Grèce est un client fidèle qui sait pouvoir compter sur notre fiabilité dans les moments difficiles et qui devient le premier État européen à s’équiper de notre avion. Début mai, un nouveau contrat a été signé avec l’Égypte, premier acheteur du Rafale historiquement et en volume. Quelques semaines plus tard, la Croatie a sélectionné notre appareil, au terme d’un appel d’offres rigoureux et sans avoir jamais été un « pays Dassault » auparavant.

Pour les Falcon, 2020 a été une année particulièrement difficile. Mais des motifs d’espoir existent : les annulations de commandes ont été rares et le marché de l’occasion s’est relancé, précédant une reprise générale qui semble arriver par les États-Unis. De plus, nous avons dévoilé un tout nouvel appareil, le Falcon 10X, qui sera l’avion d’affaires le plus spacieux, le plus confortable et le plus innovant, toutes catégories confondues. Enfin, la campagne d’essais du Falcon 6X a commencé début mars, après un premier vol très réussi, que nous avons dédié à Olivier Dassault, tragiquement disparu quelques jours auparavant. Nous avons les armes pour nous battre, nous contribuons au dynamisme qui renaît et nous espérons un redécollage pour l’ensemble de notre gamme Falcon.

Où en est votre transformation ?

Elle est plus que jamais à l’ordre du jour, après un inévitable ralentissement en 2020. Le plan Piloter notre avenir doit avancer avec la recherche de la performance, la modernisation de nos infrastructures industrielles, le numérique et l’adaptation de nos processus. Dans un monde plus qu’incertain, Dassault Aviation veut, sur la base de ses compétences, préparer le futur de manière à être plus flexible pour toujours mieux anticiper.

En attendant le retour à la normale, continuons à faire preuve de patience et de sang-froid. Ces deux qualités, alliées à la ténacité, n’ont jamais fait défaut à notre maison. Nous devons les mettre au service de deux objectifs plus vitaux que jamais : vendre des avions et soutenir nos clients.

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